Au lever du rideau, tous les personnages sont en scène. Ils bavardent, tricotent, jouent au cartes. Antigone est assise dans un coin de l'avant scène, les bras entourant ses genoux, maigre et vêtue de noir, elle semble perdue dans ses pensées. Au centre de la scène, Ismène, vêtue d'une longue robe rouge, discute et rit avec Hémon.
ANTIGONE, d'une voix faible, désignant Ismène et Hémon :
Elle est déjà si loin, ils sont heureux, ils rient,
Ismène, ma chère soeur, prés d'Hémon mon mari.
Ils étaient destinés à se lier ensemble
Et voulaient, tous deux, vivre heureux, il me semble.
Comme la soirée du bal, où, si resplendissante,
Elle avait fait virevolter, sa robe brillante
Si belle au bras d'Hémon, jusqu'à ce qu'il ne vienne,
Dans un coin, me trouver, seule, sans aucune peine,
Moi, Antigone, pour me prier de l'épouser
(Elle se lève, se dirige vers le centre de la scène, elle s'y arrète et parle avec conviction)
Aujourd'hui tout change, (elle fait un pas en avant)je ne suis plus cachée,
Mon insignifiance, va bientôt prendre fin,
Ceux qui doutaient de moi verront ce soir une femme
Se dresser face au monde, seule, sans peur du blâme,
Seule en face de Créon, mon oncle qui est roi.
(Elle s'assieds sur l'avant scène, les genoux pliés sur le côté, d'un ton morne)
Je suis sûre de mourir, je ne suis qu'une proie,
Je suis trop jeune encore. Avec moi la vie fut bonne,
Direz-vous, mais ce soir, c'est à moi de mourir,
Vous me regarderez et n'aurez qu'à souffrir
Quelques temps encore, avant de m'oublier.
Je suis curieuse de voir ce qui va se passer.